Commémorons !

mai 3, 2013 24 Commentaire »
Commémorons !

Dimanche 28 avril, journée nationale du souvenir de la déportation,  nous nous sommes réunis pour célébrer la mémoire de ceux qui ont connu la déportation, ce « monstreux chef d’oeuvre de la haine » (Jankélévitch). Ne les oublions jamais ! Ci-dessous le discours que j’ai prononcé.

 

Allocution de Monsieur Pascal Buchet

Maire de Fontenay-aux-Roses

Conseiller général des Hauts-de-Seine

 

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

 

En cette matinée, c’est la mémoire qui nous rassemble avec émotion et gravité devant le souvenir des victimes et des héros de la déportation.

Cette journée de recueillement instituée par la loi du 14 avril 1954 n’est pas et ne sera jamais une célébration comme les autres. Dans la nuit et le brouillard, il n’y a aucune victoire militaire, uniquement l’effroi de la barbarie et la souffrance de ses victimes.

Nous nous inclinons aujourd’hui devant le destin de ces 162 000 femmes, hommes et enfants français qui ont été déportés avec la collaboration coupable de l’État Français, et assassinés par la barbarie nazie.

Résistants, juifs, homosexuels, tziganes, et tous ceux qualifiés d’impurs par le régime nazi, ont été stigmatisés, arrêtés, parqués, déportés et exterminés. Cette planification implacable qui ôte l’humanité avant d’arracher la vie n’avait qu’un seul objectif: détruire l’appartenance à la famille humaine.

Avec la Solution finale, ce «monstrueux chef d’œuvre de la haine» pour reprendre les mots du philosophe Vladimir Jankélévitch, le régime nazi et ses complices ont commis un crime contre l’humanité. 

Cette barbarie la plus totale a décimé des générations, fracassé l’idéal de progrès et laissé exsangue une humanité en proie aux doutes. Par quel chemin sommes nous arrivés au chaos ? Si ce chemin fut sinueux prenant les raccourcis tracés par les peurs, il a surtout emprunté la voie de l’indifférence, l’indifférence face aux montées des discours antisémites, xénophobes et intégristes.

L’indifférence a tué par le passé. À nous, aujourd’hui, de nous y refuser pour préserver l’avenir.

Lutter contre l’indifférence, c’est ne pas oublier la mémoire des morts, le souvenir des survivants, mais aussi le courage de ces héros qui se sont élevés contre la barbarie en protégeant et cachant des juifs.À Fontenay-aux-Roses, nous n’oublions pas. C’est la raison de notre attachement au devoir de mémoire mené autour de Gilles Mergy, Maire-adjoint aux Anciens combattants, et des nombreux bénévoles qui font vivre les associations d’Anciens combattants que je remercie vivement pour leur engagement.

Lutter contre l’indifférence, c’est combattre avec acharnement toutes les discriminations, qu’elles soient brutales ou sournoises, car elles sont toujours dévastatrices. Ce combat de chaque instant nous oblige à la plus grande fermeté face aux actes haineux. Il nous interdit la banalisation des invectives qui stigmatisent et méprisent une partie de la population. Le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme, l’islamophobie, l’homophobie n’ont pas leur place dans notre République une et indivisible.

Lutter contre l’indifférence, c’est enfin prendre conscience de l’autre en s’affranchissant des déterminismes et des préjugés, mais aussi en s’ouvrant au monde avec un regard fraternel et une main accueillante. Aller vers l’autre, sans faux-semblant et avec exigence, c’est notre responsabilité à l’égard des générations futures pour leur léguer un monde fraternel et en paix.

 Cette responsabilité, les survivants du camp de Mauthausen nous l’ont transmise dans leur serment du 16 mai 1945: « Nous voulons, après avoir obtenu notre liberté et celle de notre nation, garder le souvenir de la solidarité internationale du camp et en tirer la leçon suivante: nous suivons un chemin commun, le chemin de la compréhension réciproque, le chemin de la collaboration à la grande œuvre de l’édification d’un monde nouveau, libre et juste pour tous. En souvenir de tout le sang répandu par tous les peuples, en souvenir des millions de nos frères assassinés par le fascisme nazi, nous jurons de ne jamais quitter ce chemin. Sur les bases sûres de la fraternité internationale, nous voulons construire le plus beau monument qu’il nous sera possible d’ériger aux soldats tombés pour la liberté: le Monde de l’Homme libre ».

68 ans après la libération des camps, ce serment de Mauthausen engage toujours l’humanité. En nous rassemblant aujourd’hui, nous le respectons. En agissant chaque jour, nous l’appliquons.

Vive la République française, Vive la dignité humaine et Vive la paix !

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